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Module 1

Théorie du constructivisme organique

Le CO est un système théorique cohérent reliant épistémologie, connaissance individuelle, savoir partagé et conséquences éducatives.

Architecture

Les plans du constructivisme organique

Le plan central B traite du savoir individuel et scientifique ; les positions générales le surplombent, les implications pédagogiques en découlent.

Plan A

Positions épistémologiques

Connaissance et réalité, origines et nature du savoir, construction par interaction sujet-milieu.

Plan B

Théories de la construction du savoir

Savoir individuel et partage social (S-C), avec systèmes dichotomiques sur l’apprenant (VdA) et la science (VdC).

Plan C

Acquis et valeurs

Implications éducatives : étudier l’élève, enseigner les sciences, distinguer les apprentissages et tester les croyances épistémologiques.
Schéma : les plans du CO
Schéma : les plans du COLe schéma de l’auteur relie épistémologie, construction du savoir et acquis éducatifs.Version traduite du schéma original de Nicolás Marín Martínez. Voir l’original en espagnol
Lire le texte du schéma
  • Priorité à l’objet / Empirisme
  • Constructivisme mécaniste
  • Sujet (OC) / Objet (OR)
  • Constructivisme organiciste
  • Priorité au sujet / Rationalisme
  • Plan A : Positions épistémologiques
  • Priorité individuelle
  • Constructivisme organique
  • Priorité sociale
  • Plan B : Théories de la construction du savoir
  • Méthodologie
  • Recueillir des informations sur l’apprenant utiles à l’enseignement
  • Évaluer DCE
  • Examiner le cadre théorique du domaine
  • Épistémologie
  • Structurer un noyau théorique épistémologique SPD
  • Enseignement
  • des sciences, méthodes, procédures, compétences, etc.
  • Apprentissage
  • Organisation cognitive et types d’apprentissage. Examen critique
  • Acquis et valeurs
  • Plan C : Acquis et valeurs du constructivisme organique

Le problème de fond

Objet connu et objet réel

Une question centrale concerne deux notions : objet connu (OC), construit par le sujet, et objet réel (OR). Deux grandes positions se dégagent.

Une position permet la comparaison et assimile ressemblance et vérité. Communication, technologie et précision sportive semblent l’appuyer ; behaviorisme et inductivisme la suivent.

L’autre refuse la comparaison directe : savoir interne et réel externe restent séparés. Interprétations diverses, perception limitée et apprentissage continu invitent à remplacer la vérité-copie par utilité, efficacité, adéquation, prévision et cohérence.

Le CO adopte la seconde position. Il accepte le réel mais refuse de comparer directement une construction mentale à son objet externe.

OC

Objet connu

Réalité construite par expérience, réflexion, langage et régulation sociale, orientant les interactions futures.

OR

Objet réel

Réalité externe rencontrée mais inaccessible directement, limite, perturbation et horizon adaptatif.
Schéma : objet connu et objet réel
Schéma : objet connu et objet réelActivité de l’auteur comparant positions et arguments sur les objets connu et réel.Version traduite du schéma original de Nicolás Marín Martínez. Voir l’original en espagnol
Lire le texte du schéma
  • Réorganiser les rectangles en un schéma ordonné
  • Position F
  • L’objet connu (OC) peut être comparé à son référent (OR). Leur écart éventuel peut être réduit et sert de critère de vérité
  • H. OC et OR sont comparables, mais le sujet filtre et biaise au lieu de copier. Une bonne méthode peut réduire l’écart
  • G. OC et OR ne sont pas comparables ; on ne peut affirmer une adaptation croissante, car on ignore ce que représente OC
  • Arguments B
  • Interprétations multiples / Perception limitée / On apprend toujours
  • Arguments C
  • Accord interpersonnel / Progrès technologique / Précision des actions
  • Déplacer les rectangles et les relier par des flèches selon leur contenu pour former un schéma cohérent
  • D. OC et OR ne sont pas comparables, mais OC peut se rapprocher d’OR au sens adaptatif
  • E. On peut comparer et copier les propriétés d’OR une à une pour composer un OC identique à OR
  • Position A
  • L’objet connu ne peut être comparé à son référent : une membrane sépare sujet et milieu. Repenser la vérité en termes d’utilité et d’adéquation

Les « ismes » philosophiques

Le CO parmi les positions philosophiques

Le constructivisme propose une voie intermédiaire sur l’origine du savoir. Comparer les alternatives précise les engagements du CO.

Empirisme

L’expérience domine : le milieu fournirait directement l’information.

Rejeté comme explication suffisante.

Rationalisme

La raison domine la construction, négligeant l’interaction concrète avec le milieu.

Acceptable seulement dans une genèse.

Réalisme

Le savoir serait plus vrai à mesure qu’il ressemble au réel extérieur.

Remplacé par un critère adaptatif.

Idéalisme

Le réel est jugé inaccessible, niant sa représentation ou tout progrès vers lui.

Rejeté : le progrès adaptatif existe.

Apriorisme

Suppose des structures cognitives innées et préformées à la naissance.

Rejeté : toute structure a une genèse.

Mécanisme

Réduit la complexité aux pièces séparables, sommes et causalités linéaires.

Opposé méthodologique du CO.

Tableau 1

Système d’énoncés dichotomiques (SaD-CO)

Les énoncés plus ou moins adéquats suivent les axes empirisme–constructivisme et mécanisme–organicisme.
Tableau 1 · SaD-CO
Épistémologie

Moins adéquate · Empirisme

Approches privilégiant expérience, raison ou structures innées, supposant une correspondance au réel ou niant le progrès adaptatif.

Plus adéquate · Constructivisme

Le savoir naît de l’interaction sujet-objet, entre expérience et raison. Réalités construite et externe restent distinctes ; le progrès est adaptatif, sans vérité-copie.

Modèle

Moins adéquate · Mécanisme

Les modèles mécaniques supposent des pièces séparables, un tout additif et des causalités simples.

Plus adéquate · Organicisme

Le savoir est organique : le tout dépasse la somme. Comprendre transforme les relations et la définition même des parties.

Connaissance individuelle

Quatre paires pour comprendre l’apprenant

Pour le CO, le signifiant est ce qui arrive de l’extérieur : mots, symboles, images, perceptions et formules. La signification ne voyage pas avec lui : elle se construit par expérience, affects et acquis. L’information circule ; elle devient connaissance dans l’esprit.

D’où l’écart entre enseigner et apprendre. Enseigner présente le contenu ; apprendre l’assimile intérieurement. Même d’excellentes stratégies ne garantissent pas l’acquisition.

La troisième paire oppose concept et schème. Les concepts conviennent aux échanges scientifiques. Le savoir individuel est aussi implicite, procédural, incarné et affectif ; les schèmes le décrivent mieux.

La quatrième paire distingue logique et psychologie. Les catégories académiques font paraître l’élève incohérent. Son savoir est souvent cohérent, utile et adapté au milieu par autorégulation organique.

Les quatre paires partagent une vision incarnée du savoir dépassant les dualismes corps-esprit, sujet-objet, raison-émotion et procédural-conceptuel.

Schéma : significations et signifiants
Schéma : significations et signifiantsL’auteur explique pourquoi le sens ne voyage pas avec le signifiant et s’attribue intérieurement.Version traduite du schéma original de Nicolás Marín Martínez. Voir l’original en espagnol
Lire le texte du schéma
  • Significations et signifiants : ensemble ou séparés ?
  • contexte
  • message
  • langage
  • émetteur
  • destinataire
  • Parmi ce qui vient de l’extérieur (mots, images, perceptions, informations, etc.), qu’est-ce qui arrive déjà avec son sens ?
  • Liste :
  • Le mot contient-il sa signification ?
  • Peut-on apprendre d’autres cultures ?
  • Information ou connaissance ?
  • En Espagne : « manger avec appétit » ; au Pérou : « tirer, prendre, renifler, conduire, échouer… »
  • À l’origine, « quedamos al tiro » évoquait un rendez-vous aux coups de feu ; aujourd’hui, « al tiro » signifie « immédiatement »
  • Écriture retrouvée d’une culture disparue dont on ne sait rien
  • Objet trouvé par des astronautes sur une planète hors du système solaire : qu’est-ce ?
  • Avec 100 mots et des règles grammaticales, un ordinateur a créé un million de phrases
  • Ce qui est écrit dans un livre : des signifiants seulement, ou des significations ?
  • Réfléchir au lien entre signification et signifiant : sont-ils unis ?
  • Le mot est lié aux significations par convention sociale et vaut dans son contexte culturel
  • Écrits et objets d’autres cultures peuvent sembler sans sens dans la nôtre
  • Le sens existe-t-il seulement dans l’esprit humain, jamais à l’extérieur ?
  • Si le mot portait sa signification…
  • Si le contexte culturel apporte le sens…
  • Si les significations n’existent que dans l’esprit, alors…

Tableau 2

Énoncés dichotomiques sur l’apprenant (SaD-VdA)

Les deux premières paires concernent empirisme–constructivisme ; les suivantes, mécanisme–organicisme.
Tableau 2 · SaD-VdA
Signification–signifiant

Moins adéquate · Empirisme

Supposer que signes, symboles et sensations arrivent avec leur sens, ou que l’effort enseignant garantit toute acquisition.

Plus adéquate · Constructivisme

Le sujet attribue le sens avec sa totalité biologique, affective et cognitive. Les significations varient en degré entre enseignant et élève.

Enseigner–apprendre

Moins adéquate · Empirisme

Supposer une causalité directe entre conditions pédagogiques et acquis, et une acquisition facile de tout l’enseignement.

Plus adéquate · Constructivisme

Enseigner et apprendre sont de natures différentes. Même favorisée, la construction reste interne et exigeante.

Concept–schème

Moins adéquate · Mécanisme

Traiter le savoir de l’élève comme une hiérarchie de concepts précis reliés par des relations logiques de classe.

Plus adéquate · Organicisme

La cognition comporte des structures vécues, procédurales et implicites, stables et affectives, nécessaires au sens.

Logique–psychologique

Moins adéquate · Mécanisme

La logique académique introduit des biais, faisant paraître le sujet fragmenté ou confus à tort.

Plus adéquate · Organicisme

Un cadre psychologique réduit les biais et révèle une résolution plus cohérente et pragmatique des problèmes du milieu.

L’extension sociale

Symbiose sémiotique-communauté

Comment partager le savoir si sa construction reste interne ? Le CO propose le S-C: signes et règles sociaux en symbiose avec une communauté attribuant des significations partagées.

Système de signifiants

Langue, symboles, écrits, livres, formules et règles. Sans communauté qui les interprète, ils restent information inerte.
⇄ symbiose

Communauté de significations

Des sujets attribuant, négociant et stabilisant le sens. Sans traces sémiotiques, continuité et mémoire culturelle se perdent.

Communiquer rapproche sens individuels et collectifs, tandis que les apports transforment la communauté. Développé dans le module 5.

Schéma : symbiose sémiotique-communauté
Schéma : symbiose sémiotique-communautéLes signes nécessitent une communauté ; les communautés nécessitent des signes pour durer. Apprendre dépend du sens.Version traduite du schéma original de Nicolás Marín Martínez. Voir l’original en espagnol
Lire le texte du schéma
  • Symbiose du système sémiotique et des sujets interprétants
  • Système sémiotique partagé
  • Communauté capable d’attribuer des significations partagées
  • Sans communauté, le système de signifiants perd la possibilité de devenir connaissance
  • Sans système sémiotique, la communauté perd sa continuité : la transmission entre générations et la régulation sociale des significations et des signifiants deviennent moins efficaces
  • On apprend à partir du sens, non du signifiant

Connaissance scientifique

La spécificité du savoir scientifique

L’identité du savoir scientifique dépend d’une communauté qui organise, valide et utilise ses ressources. L’entité autorégulatrice est son système S-C.

Le succès dépend surtout de la gestion sémiotique par deux facteurs : une forte régulation sociale, renforçant symbiose, stabilité, continuité et formation des nouveaux membres, et une forte régulation empirique, confrontant continuellement un noyau sémiotique stable aux données.

Tableau 3

Énoncés dichotomiques sur la science (SaD-VdC)

Synthèse des consensus de cinq groupes internationaux (Marín, Benarroch et Niaz, 2013) sur la nature et le progrès scientifiques.
Tableau 3 · SaD-VdC
Épistémologie

Moins adéquate · Empirisme

La science vue comme généralisation directe des observations, reflet sans théorie des lois naturelles, achevé, exact et neutre.

Plus adéquate · Constructivisme

La science se construit entre théorie et données chargées de théorie. Sa valeur est l’utilité ; son développement répond aux problèmes du moment.

Progrès

Moins adéquate · Mécanisme

La science vue comme accumulation linéaire par une méthode universelle infaillible et des génies isolés.

Plus adéquate · Organicisme

Le progrès est collectif, complexe, souvent évolutif et parfois révolutionnaire. Les méthodes varient entre découverte, communication, régulation et justification.

Les tableaux 2 et 3 diffèrent par leurs contextes mais partagent une structure, malgré des sources distinctes : psychologie et épistémologie scientifique.